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Discours des vœux aux entreprises

Madame et Monsieur les Conseillers départementaux,

Chers collègues Maires,

Mesdames et Messieurs les élu-e-s,

Mesdames, Messieurs,

Je dois vous faire part des excuses de Monsieur le Préfet, de Monsieur Lemaignen, Président de la communauté d'Agglomération, de quelques collègues élus et responsables d'entreprises.

De Paris à Paris, tel pourrait être le résumé de l'année qui vient de s'achever. Paris capitale d'un monde devenu fou qui a perdu ses repères. Il y a tout juste un an, nous étions sous le choc de l'attentat qui venait de viser le journal Charlie hebdo. Nous pensions alors que le pire était passé. Malheureusement, la fin de l'année allait nous apprendre que la barbarie pouvait être encore plus grande. Ce 13 novembre, ce n'était pas seulement l'impertinence et la liberté d'expression qui étaient visées. Les terroristes avaient dans le collimateur tout ce qui fait notre pays : le plaisir de se retrouver en terrasse entre amis pour boire quelques verres et s'amuser, le plaisir de se rendre au stade pour assister à un match de foot ou dans une salle de concert pour écouter de la musique. La cible de ces meurtriers fanatiques n'était pas ce que nous faisons mais ce que nous sommes. Chacun se souviendra longtemps de ce qu'il faisait en ce vendredi soir du 13 novembre 2015.

Face à ces événements tragiques, nous avons voulu croire que notre pays allait se rassembler derrière ce qui fait sa force et réaffirmer ses valeurs. Ce n'était qu'illusion. Les élections régionales de décembre nous ont brutalement ramené dans la réalité. A l'image de la France, un Saranais sur trois a choisi de donner son vote à un parti politique qui n'a de cesse de diviser et d'exclure les citoyens de notre pays. La moitié d'entre nous ne s'est pas déplacée pour cette élection. A quoi bon diront certains. Le chômage de masse perdure, la pauvreté se propage, le pouvoir d'achat régresse...

Je comprends la colère de nos concitoyens qui subissent depuis plusieurs décennies une politique de régression sociale qui privilégie le capital et ignore l'humain. Je suis moi aussi en colère lorsque je vois que la fraude fiscale fait perdre à notre pays des millions alors que l'on veut toujours plus contrôler les soit-disant profiteurs du chômage et des prestations sociales. Je suis en colère aussi lorsque je vois les difficultés des PME, des artisans et des commerçants qui ne sont pas soutenus par les systèmes bancaires alors qu'elles sont pourvoyeurs d'emplois. Pendant ce temps, les multinationales se faufilent dans le labyrinthe fiscal et ne payent pas ou si peu d'impôts.

Alors oui, je suis en colère quand les élites politiques ne cessent de se renvoyer la responsabilité de la situation appauvrissant le débat politique alors que nous avons justement besoin plus que jamais que celui-ci soit riche et ouvert à tous. Je suis en colère aussi, lorsqu'un Président de la République renie la quasi totalité de ses engagements. Mais ce n'est pas tant ma colère qui compte que celle de nos concitoyens. Je la comprends cette colère, elle est juste, mais je sais aussi que ce n'est pas en se réfugiant dans ce vote que l'on changera quoi que soit.

En 2016, à Saran, l'un des plus gros chantiers de ces dernières années va se terminer : le nouveau château d'eau entrera en service dans quelques semaines apportant une eau de meilleure qualité pour les Saranais. Un bâtiment périscolaire verra le jour à l'école des Sablonnières. La rénovation de la médiathèque devrait débuter après l'été et celle du foyer Georges Brassens continuera avec le ravalement des façades. Nous travaillons aussi ardemment au projet de zone d'activité de la Motte Pétrée qui sera dédié à l'artisanat et permettra d’accueillir des entreprises dans de bonnes conditions. Enfin, maintenant que le nouveau Conseil départemental est installé, nous pousserons pour que le projet d'aménagement de l'ancien aérodrome décolle. Je n'oublie pas les travaux rituels d'entretien du patrimoine et de la voirie.

D'autres projets, conduits en partenariat, vont entrer dans leur phase concrète. Les Permis de construire concernant les projets d'aménagement du bourg ont été signé et nous pouvons espérer que les travaux débutent dans les prochains mois. Sur le plan économique, le projet d'extension de la zone commerciale de Cap Saran devrait bien avancer. C'est un projet important pour l'activité économique, l'emploi et l'attractivité de notre ville. Dans le même secteur, le projet de nouveau quartier va franchir de nouvelles étapes. A terme, environ 400 logements sortiront de terre.

L'autoroute A10 va grandir avec la construction d'une quatrième voie de circulation. Le projet d'un nouvel échangeur est quant à lui ressorti des cartons cet automne. Nous y tenons parce qu'il permettra de réduire la circulation à Pôle 45 et en ville.

Vous le voyez, qu'ils soient publics ou privés, les projets ne manquent pas. Même si tout cela sera mis en œuvre dans un contexte difficile pour les collectivités territoriales et en particulier les communes. La réduction des dotations de l’État se poursuit. Saran perdra à nouveau 600 000 € en 2016. Au total, entre 2013 et 2016, notre ville aura perdu plus d'1,4 Milliond'€.

Je suis, comme beaucoup de maires en colère parce que ce sont les communes que l'on assassine en leur coupant les vivres de la sorte. C'est d'autant plus intolérable que la Dotation Globale de Fonctionnement n'est pas une subvention et encore moins un cadeau que l’État fait aux communes. Il faut dire et redire afin que tout le monde le comprenne bien, les dotations de l’État correspondent à des services que les communes exercent à la place de l’État comme par exemple l’État civil ou les écoles... La fronde des maires n'a pas permis d'infléchir la décision.

Mais, nos inquiétudes ne sont pas seulement financières. Ces dernières années, plusieurs lois ont redessiné l'organisation territoriale de notre pays. L'objectif de toutes ces décisions est de regrouper les collectivités dans des structures toujours plus grandes comme si la taille était la garantie d'une meilleure gestion et source d'économie. J'y vois aussi une source d'inquiétude. Si l'on souhaite brader les services publics, comme ceux de l'eau ou de l'assainissement, pour les offrir sur un plateau d'argent à des multinationales, alors ces réformes vont dans le bon sens. Les appétits voraces de ces monstres financiers préféreront toujours traiter avec une seule structure qu'avec 36 000 communes. Dans toutes ces réformes, ce n'est finalement pas l'intérêt public qui prime.

C'est dans ce cadre que 2016 s'annonce comme une année charnière pour l'organisation de notre territoire. La communauté d'agglomération envisage de devenir une communauté urbaine qui pourrait n'être qu'une étape vers une fusion des communes ou la création d'une métropole. Ce mots ont été entendus plusieurs fois dans les débats, ils ont même été écrits avant d'être effacés devant l'émotion qu'ils ont suscitée chez les élu-e-s.

Le passage en communauté urbaine, s'il aboutit, verra les communes perdre encore des compétences au profit de l'intercommunalité. On peut se demander si c'est bien sérieux. Commençons par bien faire ce que l'on a à faire avant de vouloir en faire plus. Je ne prendrais que deux exemples : la gestion du réseau d'assainissement et la collecte des déchets. Il y a tellement à dire dans ces deux domaines, qu'un discours n'y suffirait pas : toujours moins de service pour un coût toujours plus élevé. Aujourd'hui, à Saran, nous sommes obligés de refuser des permis de construire parce que les réseaux d'eaux pluviales ne sont pas adaptés par manque d'entretien et d'investissements. Concernant les déchets, c'est moins de collectes mais une taxe toujours plus élevée payée par les habitants.

Il est donc légitime d'avoir des inquiétudes sur le devenir de la gestion des nouvelles compétences que souhaite récupérer l'intercommunalité. Contrairement à une fausse idée trop répandue, la ville de Saran n'est pas du tout opposée à la coopération intercommunale. Bien au contraire. Depuis les débuts de l'intercommunalité, nous sommes partie prenante, souvent moteur et, preuve de notre engagement, nous avons souvent accueilli sur notre territoire des équipements qu'aucune autre commune ne souhaitait. Nous travaillons avec les communes voisines, nous mettons régulièrement nos installations, en particulier les salles de sport, à disposition des clubs voisins ou des fédérations. Nous sommes pour une coopération basée sur le volontariat, une coopération reposant sur des projets de territoires. Je parle bien de coopération, c'est à dire travailler ensemble à un but commun dans l'intérêt de nos concitoyens, de nos territoires et dans le respect de chacun.

Ce que l'on nous propose aujourd'hui, ce n'est pas de la coopération, c'est la dissolution des communes. Et la charge du Vice-Président Martin lors d'un récent conseil communautaire accusant les communes d'avoir eu une « attitude néfaste à l'égard de l'AgglO » ne peut pas inciter les communes à s'engager plus avant.

Si nous tenons à la commune, c'est parce qu'elle représente la base de notre démocratie. Notre pays s'est construit sur ce modèle communal. Faut-il nier notre Histoire au seul prétexte que les autres pays européens sont organisés différemment et qu'il faudrait absolument s'aligner sur eux ?

En réalité, ce qu'il nous faut inventer aujourd'hui, c'est une autre forme de coopération entre les territoires, entre les collectivités de tailles différentes. Ce nouveau modèle devra être démocratique en donnant la parole aux habitants. Il devra aussi maintenir et renforcer la proximité, plus que jamais nécessaire, entre élus et citoyens.

Vous l'avez compris, le passage à la communauté urbaine ne nous semble pas pertinent d'autant que rien ne l'impose et qu'il se fait sans même que la population soit consultée. Non, Saran n'est pas contre l'intercommunalité. Puisque d'un acte volontaire, en adhérant en 1964 au SIVOM puis à la Communauté de Communes en 1998, au départ destinés à mieux travailler ensemble, nous nous sommes retrouvés, pieds et poings liés, intégrés d'office dans une communauté d'agglomération dont nous ne pourrons sortir que si les 2/3 des communes, donc Orléans, nous y autorisent... Où est la liberté ? L'histoire se répète.

Nous souhaitons que les habitants des 22 communes soient consultés sur cette nouvelle évolution. Si l'AgglO se refuse à le faire sur l'ensemble des 22 communes, nous organiserons, à Saran, une consultation citoyenne pour les Saranais. Si les habitants nous suivent, nous nous interrogerons alors sur notre maintien au sein l' AgglO et nous mettrons tout en œuvre pour que la décision de nos concitoyens soit respectée.

D'autres choix sont possibles. Notre situation géographique nous autorise à envisager d'autres solutions plus en adéquation avec nos convictions et notre souhait que les communes restent la base d'un projet de territoire.

Vous le voyez, gérer une commune, c'est regarder toujours vers l'avenir sans oublier son Histoire, en gardant à l'esprit que chacune de nos décisions doit être motivée par l'intérêt collectif. C'est dans cet esprit que nous abordons cette nouvelle année que je vous souhaite pleine de réussite et de bonheur qu'il nous faut apprécier lorsqu'il se présente.

Maryvonne HAUTIN
Maire de Saran

Dernière mise à jour : 28 janvier 2016